mercredi, juillet 08, 2009

Incipe, parve puer, risu cognoscere matrem

Minion ? Candida ? Concorde ? Plantin ?
Les questions typographiques du jour en plein travail des Souffleuses de Béatrice Cussol – à paraître en octobre. Pour ce roman-conte en rose sang, il faudra du caractère – peut-être même plus affirmé qu’un corps 12 –, de la respiration, voire même de la lettrine…

« Pour ranimer les mots considérés comme des colis abandonnés, après un mouvement de recul, les choses reprennent enfin leur forme sans savoir ce qu’elles disent, alors qu’auparavant elles avaient été fourrées dans des sacs et placées chez des voisins. »

Béatrice Cussol, Les Souffleuses.










Photo Valérie Dray

dimanche, juillet 05, 2009

600 $ Baby















In The Philadelphia Story, George Cukor, 1940.

samedi, juillet 04, 2009

Ni maître

Effarée par l’arrogance quand elle ne s’allie pas à l’intelligence ou la grâce – dans ce cas-là, oui, un soupçon peut-être assez sexy, mais vraiment que cela : « assez sexy » – un coup de vent, une diversion, un « ce n’était donc que cela » et hop, enfuie la ptite tension nerveuse qui ne peut donner que ce qu’elle a. Ya pas à dire, les « grands » – ou « vrais » ou n’importe quel adjectif substantivé qui vous plaira, on n’est pas bégueule, bref, vous savez, ceux qui sont en-dehors des calculs et tracent leur route sans Grande Préoccupation Sociale – se reconnaissent tout de suite, dans une sorte d’évidence – en tout cas, moi je les reconnais, j’espère que je ne suis pas la seule parce que c’est quand même assez pratique – et fort dommage pour les « autres » (on va rester poli). Heureusement, ils n’en ont pas conscience. La nature est parfois bien faite – et on n’est pas cruel.

Mais si je commence à faire ici la liste des indélicatesses et autres enflures – ça me rappelle un néologisme très drôle (et involontaire) de ma grand-mère qui disait de certaines personnes qu’elles étaient « imbibées de leur personne » – on va passer d’un blog négligé par son auteur à un blog fleuve… Ce n’était pas le but. Et j’en serai bien incapable. Je n’ai vraiment pas de goût pour ça. Côtoyer et évoquer des âmes généreuses m’est beaucoup plus agréable – c’est mon côté saine fille. Se lamenter des mesquineries du « milieu » – de n’importe lequel – équivaudrait à enfoncer des portes ouvertes et ya franchement mieux à faire. J’aime beaucoup Don Quichotte mais pas les pâles copies – et puis je porte mal le plat à barbe, pour être honnête. Oui, non seulement ya mieux à faire mais on fait mieux, et même, parfois, on échoue mieux, ce qui est une sorte d’idéal. Dans l’immédiat – et dans un ordre chronologique, une fois n’est pas coutume – faire des courses parce que les vaches maigres sont carrément mortes, par ici ; écrire ; ranger la bibliothèque (alléluia) ; photoshoper un peu ; manger un truc, quand même, à un moment (une tarte fonds d’artichaut/tomates séchées ? Il faut finir d’une manière ou d’une autre ces fonds d’artichaut surgelés qui ne sont pas une réussite ; lire ; écrire ; écrire ma pige pour CCP ; se balader sur le net ; relire le prochain livre de Béatrice Cussol (sortie en octobre) ; mater un Orson Welles… et laissons les bocaux aux poissons rouges.

vendredi, juillet 03, 2009

En secret, je m’aime bien

Ça fait du bien d’être dans le secret, de temps à autres. De fomenter tout tranquillement comme au temps des arbouses chipées au maquis, des vagues qui s’écrasent sur les rochers en écume odorante. C’est bien beau tout ça, le jour le jour qui file, les archives négligées, mais je suis comme Berlol, moi : sans inscription, le temps m’échappe, les souvenirs s’ancrent de façon erratique et désordonnée, je réfléchis pour connaître mon âge, la date de sortie de mon premier livre. Ne comptez pas sur moi pour vous raconter ce qui s’est passé. Je ferais un bien mauvais témoin oculaire. Je décrirais en détail la couleur de la Sainte-Victoire le 25 février 1996, mais difficilement ce qui s’est passé la semaine dernière. Bref, c’est bien un trou d’un mois, un laps obscur qui ne sera jamais vraiment comblé. En même temps, les choses s’expliquent parfois de façon toute mathématique : arrêt maladie d’un mois en décembre = pause de Rougelarsenrose d’un mois à la veille de l’été, faites le compte, ça fait des semaines, des jours, des minutes de course contre la montre pour tenter de rattraper le temps perdu.

Essayons tout de même d’évoquer quelques moments, de retrouver des bribes.

La préparation intense de KART, le premier roman de Frédéric Junqua, dont je suis bien fière et qui sort le 26 août. Le feuilleton de sa couverture qui mériterait bien un « question de fab#10 »… Celle des Carcasses de Raymond Federman (qui sortent de leur zone pour envahir les librairies le 9 septembre) ; on s’y est vraiment bien amusé de synonymes en ajustements de transmutations (Stéphane Rouzé : « Pour Marie-Antoinette, ce serait mieux d’indiquer “transmutée en brioche” plutôt qu’en crème caramel, non ? » Raymond : « Oh oui ! » Laure : « En effet, et même en brioche au sucre ! »…) Carcasses transmutées en caractère Céleste, comme il se doit. Les futurs lecteurs comprendront… L’inventive couverture est de Marion Pannier ; c’était là aussi un beau défi de représentation – montrer la chimère, enfin, l’« homofaune » plutôt que la carcasse. J’appuie sur la touche avance rapide (et achronologique) en ce qui concerne les divers travaux de communication, rédaction d’argumentaires, devis, dossiers de sub, courrier, bla bla bla, etc. pour arriver aux beignets de fleurs de courgette. Ah ! Les beignets de fleurs de courgette ! Cela faisait une dizaine d’années que je n’en avais pas cuisinés. Eh bien salivez ! Ils étaient délicieux. Mais je vous avertis, ô Parisiens, la fleur de courgette dénichée – « commandée » serait plus juste – chez les marchands des quatre saisons de la capitale, coûte un rein. À déguster comme du caviar. Ou travailler vraiment mais alors vraiment beaucoup beaucoup plus pour en manger plus. Les livres lus et aimés pendant cette période, il y en a beaucoup – j’ai bien choisi, il est vrai, je n’avais pas envie d’être déprimée… Il faudrait trouver le temps d’écrire un texte qui leur rende dignement honneur. La nouvelle et monumentale étagère (merci Yiching, merci Fred !) qui signifie… bibliothèque à ranger (programme du week-end… avec ma pige pour CCP). Mon engueulade avec un serveur à la Madeleine qui vire les gens venant de raquer 12 euros parce qu’ils s’attardent un peu sans recommander – ben c’est vrai, quoi, un café, c’est fait pour boire, éventuellement pour manger et surtout faire chauffer sa gold, pas pour discuter, et encore moins littérature avec un auteur. Ma fureur amère devant ce type de pratiques – le mépris qu’elles signifient. Ya des TVA a 5,5 qui s’égarent. Le prochain livre de Lucien Suel (La Table Ronde) sur mon bureau. Celui de Jérôme Lafargue (Quidam) lundi dans ma boîte aux lettres. Bref, quelques articles en vue pour La Revue Littéraire et Rougelarsenrose – mais hélas pas Vengeance du traducteur de Brice Matthieussent, j’avais pourtant très envie de le lire et d’en parler mais monsieur Hirsch nous a annoncé qu’il ne recevrait pas le livre avant le 12 juillet… Oh !... Il ne me reste plus qu’à demander à mes amis libraires la formule magique leur permettrant de recevoir et lire des livres qui ne sont pas encore arrivés de l’imprimerie…

samedi, mai 30, 2009

Résonnez sonnets !

La trame de Golden Gate serait assez classique
Si elle ne déchantait pas désespérément
Ses héros se déchirent sans apaisement
Sans goûter de l’amour la puissante musique.

Vikram Seth ose le vers contre toute prudence
Mais sa forme se fond dans la grâce de l’histoire
Et on est pris aux rets de son puissant vouloir
Transformant le roman en symphonie immense

Lecteur tu te plieras au doux spleen narquois
Que révèlent ses pages, tu en resteras coi
Charmé et cornaqué le long de la corniche

De ce pont traversant destinées, idéaux
Et tu remercieras le traducteur Claro
Qui nous dit que « la mort attend à l’hémistiche ».

Cap

Sur les conseils de Vannina Bernard-Leoni, j’ai lu Autoportrait (à l’étranger) de Jean-Philippe Toussaint. Vannina désignait plus particulièrement l’incipit : « On arrive à Tokyo comme à Bastia, par le ciel… » et le chapitre consacré au « plus beau jour de sa vie » à Macinaggio. À la réflexion, il me semble avoir lu La Salle de bain au moment de la sortie de Fuir ou de La Mélancolie de Zidane – un souvenir façon Polaroid lié à l’appartement du boulevard Barbès – mais je n’en suis plus vraiment sûre, ce qui n’est pas forcément mauvais signe pour l’écriture de Jean-Philippe Toussaint ; davantage, pour l’état de mes neurones, le détachement apparent de mes synapses. Il ne me reste plus qu’à tenter de retrouver le livre dans la bibliothèque qui, non, n’est toujours pas rangée, pour vérifier la véracité de cette réminiscence. Mais laissons neurones et synapses à leur entêtement surmené et lisons plutôt ce court texte de l’auteur :

« … Parallèlement, à la même époque, deux lectures furent déterminantes et ont sans doute favorisé ma décision de commencer à écrire. La première est la lecture d’un livre de François Truffaut, Les Films de ma vie, dans lequel Truffaut conseillait à tous les jeunes gens qui rêvaient de faire du cinéma, mais qui n’en avaient pas les moyens, d’écrire un livre, de transformer leur scénario en livre (…). La deuxième lecture déterminante que j’ai faite à ce moment-là est la lecture de Crimes et châtiments de Dostoïevski. Cet été-là, sur les conseils avisés de ma sœur, j’ai lu pour la première fois Crimes et châtiments. Et, un mois après cette lecture, ayant connu le frisson de m’être identifié au personnage ambigu de Raskolnikov, je me suis mis à écrire. Je ne sais s’il faut y voir un lien direct, une relation parfaite de cause à effet, qui sait, un théorème (Qui lit Crimes et châtiments se met à écrire un mois plus tard), mais, en tout cas, pour moi, il en fut ainsi : un mois après avoir lu Crimes et châtiments, je me suis mis à écrire – j’écris toujours. »

« Le jour où j’ai commencé à écrire » © Jean-Philippe Toussaint, 2001, dans la revue en ligne Le bon à tirer.

© photo : Jean-Philippe Toussaint.

mercredi, mai 27, 2009

Pont Neuf

« … La semaine dernière après avoir écrit
Le chapitre que vous venez juste de lire,
Alors que j’ébauchais d’autres péripéties
Avec une énergie qu’on ne saurait décrire,
Un éditeur – au cours d’une soirée mondaine
(Riche en vins et mets, d’une classe certaine)
Donnée par Thomas Cook (souhaitons-lui longue vie !)
À l’occasion de la sortie de mon récit
De voyage au Tibet – me prit le bras : « Ami,
Sur quoi travaillez-vous ? » « Un roman… » « Épatant !
Sachez, Vikram, que nous sommes tous impatients… »
« … En vers », ajoutai-je aussitôt, et il blêmit.
« Ma foi, c’est pittoresque en diable », conclut-il
Avant de s’éclipser d’un pas plutôt fébrile… »

Extrait de Golden Gate, de Vikram Seth, traduit de l'anglais (Inde) par Claro, Grasset, mars 2009.

mardi, mai 26, 2009

26 mai 1969

vendredi, mai 15, 2009

Apnée

Cela fait quelques temps que je ne suis venue en ce lieu. Je devrais m’en excuser auprès des lecteurs, mais alors, je devrais aussi m’excuser de beaucoup d’autres choses puisque je cours après le train depuis quelques mois… Contentons-nous d’un come back discret, sans promesses électorales.

Et en parlant d’élections…








Et maintenant je file par qu’on est en pleine préparation de « la rentrée littéraire »…

jeudi, avril 23, 2009

OVNI

OVNI, c’est un magazine publié au Canada et dirigé par Éric de Larochellière (l’éditeur des superbes éditions du Quartanier) et Karine Denault. On y parle de d’art, de littérature, de musique, de cinéma et d’autres choses encore (de skate-board, par exemple…), d’une plume fine, maligne, qui tire dans les coins pour dénicher la perle rare. On y trouve aussi un espace dédié aux textes de création.

Pas de règlements de comptes, pas de séduction facile au détriment du contenu, pas de vol plané au secours de la victoire, pas de baromètre à la con… mais un réel travail d’analyse de l’actualité artistique et littéraire, avec le désir de faire connaître ce qui n’est pas forcément toujours sur le devant de la scène.

Vous y trouverez même quatre pages sur Jandek !

Dans OVNI, il y a de très belles photos mais surtout beaucoup de textes – pari inverse de nombre de magazines culturels contemporains… Loin de l’effet graphique clinquant et cheapissime, OVNI prend le pari d’un papier satiné de bonne main et de choix graphiques de grande classe.

Bref, j’y suis abonnée et je vous le conseille aussi !

Si vous habitez à Paris et que vous voulez jeter un œil au magazine, allez à la Librairie du Québec (où vous pouvez aussi acheter en ligne).

Renseignements : ovnimagazine@gmail.com

lundi, avril 20, 2009

Moinous frenchy !

RAYMOND FEDERMAN est arrivé en France ce matin. Vous avez huit dates pour le voir – parce qu’après, c'est pas tout ça mais il retourne écrire et jouer au golf à San Diego – alors je vous conseille de bien les noter dans votre agenda…

Mardi 21 avril, 20 h, Paris : « En compagnie de Raymond Federman » : Reid Hall, 4 rue de Chevreuse, 75006. Événement organisé par Catherine Flohic à l’occasion de la sortie du livre Raymond Federman hors limites, entretien avec Marie Delvigne, Éditions Argol.

Mercredi 22 avril, 19h30, Paris : Raymond Federman aux Revues Parlées : lecture performance avec François Jeanneau (saxophoniste) & lecture d’extraits de CHUT. Centre Pompidou, place Georges Pompidou (rue Saint-Martin), Paris.

Jeudi 23 avril, 19 h, Rennes : « dîner poétique » avec Raymond Federman et Jérôme Gontier au Triangle, bd de Yougoslavie, Rennes, Métro station Triangle.

Mercredi 29 avril, 19 h, Nantes : Raymond Federman au Lieu Unique, discussion avec Laure Limongi dans le cadre de « l’université pop ». Le Lieu Unique 2 rue de la biscuiterie (quai Ferdinant Favre), Nantes.

Jeudi 30 avril, 20 h, Nantes : Raymond Federman et François Jeanneau : lecture performance au Pannonica (programmation de la Maison de la Poésie de Nantes) : 9 rue Basse-Porte, Nantes – Talensac.

Ajout du 24 avril : les dates de Marseille et Bordeaux sont, hélas, annulées.

Photo © Steve Murez

Je précise que ces jolies rencontres n'auraient pu être organisées sans l'enthousiasme et le dynamisme des structures invitantes. Je remercie également les services culturels de l’Ambassade de France aux États-Unis.

The Terminal Beach

J. G. Ballard.
Encore un qui va nous manquer...
On évoquait l'un de ses livres en 2006 ici.

Romans :
The Drowned World, 1962 (Le Monde englouti, Denoël 1964)
The Crystal World, 1966 (La Forêt de cristal, Denoël 1967)
Crash, 1973 (Crash !, Calmann-Lévy 1974)
Concrete Island, 1974 (L’Ile de béton)
The Drought, 1965 (Sécheresse, Casterman 1975)
High Rise, 1975 (I.G.H., Calmann-Lévy 1976)
The Wind From Nowhere, 1962 (Le Vent de nulle part, Casterman 1977)
Le Rêveur illimité, Calmann-Lévy 1980
Salut l’Amérique, Denoël 1981
Empire du soleil, Denoël 1985 (James Tait Black Memorial Prize)
Le Jour de la création, Flammarion 1988
La Bonté des femmes, Fayard 1992
Le Massacre de Pangbourne, Belfond 1992
La Face cachée du soleil, Fayard 1998
Super-Cannes, Fayard 2001
Millenium People, Denoël 2005
Que notre règne arrive, Denoël 2007 (Kingdom come, 2006), traduit par Michelle Charrier
Sauvagerie, Tristram 2008 (nouvelle traduction du Massacre de Pangbourne)

Nouvelles :
The Four-Dimensional Nigthmare, 1963 (Cauchemar à quatre dimensions, Denoël 1965)
Billenium, 1962 (Billenium, Marabout 1970)
Vermilion Sands, 1971 (Vermilion Sands, Opta 1975)
The Atrocity Exhibition, 1970 (La Foire aux atrocités, Champ Libre 1976)
Low-flying Aircraft and Others Strories, 1976 (Appareil volant à basse altitude, Denoël 1978)
Le Livre d’or de J.G. Ballard, Presse Pocket 1980
Les Chasseurs de Vénus, Denoël 1984
Mythes d’un futur proche, Calmann-Lévy 1984
The Terminal Beach, 1964 (La Plage ultime, J’ai Lu 1990)
La Région du désastre, J’ai Lu 1991
Fièvre guerrière, Fayard 1992
Nouvelles complètes 1956/1962, Tristram 2008