jeudi, novembre 19, 2009

L’effet Doppler du foimentir

(Ou : « Question de fab, épisode 12 », si je ne m’abuse.)

Le Silure est en train d’être imprimé, composé en Esprit, avec des apparitions d’Animalia et de Compendido. J’ai longtemps hésité avec Candida en guise de fonte principale ; l’approche me semblait tout de même plus confortable en Esprit.

Le livre comporte – à la façon de Tristram Shandy – une page noire, dont j’espère qu’elle ne maculera pas, même si je me suis accrochée à l’impression sur bouffant 80 g au lieu de choisir plus raisonnablement un offset…

La couverture est – comme toutes celles d’Emmanuel Tugny – de Nathalie Talec. C’est une aquarelle sur papier de 20 x 22 cm qui se nomme « Celui qui croit être un insecte », avec un fond végétal que j’ai éliminé pour insérer l’image en couverture de crainte que l’effet matière rende mal, flou – sans compter les discrètes ombres créées pas le papier légèrement gondolé sous l’effet de l’aqueux mélange teinté. Et puis aussi parce que placer une typo colorée sur du vert sans que ça vibre – la couleur de titrage choisie restant en harmonie avec le reste de la composition – c’était pas gagné… Voilà donc ce que ça donne, en écran capturé.


Le Silure est en train d’être imprimé, dans une imprimerie où les conducteurs machine ne sont plus appelés « ours » ni « singes » mais vous les retrouverez dans le livre…

SchrummSchrumm

Suite du marbre – ou : j’ai rangé le dossier « textes critiques » de mon ordinateur… –, un article sur SchrummSchrumm de Fernand Combet, paru aux débuts dans La Revue Littéraire, en 2006 :

« Il y avait chez Pauvert un auteur qui s’appelait Fernand Combet, qui me ressemblait et qui écrivait des choses qui allaient un peu dans le même sens que ce que j’écris. Étienne Lalou, mon éditeur chez Flammarion voulait que je change mon nom. Je proposais de prendre un pseudonyme. Étienne Lalou n’était pas très favorable : “C’est dommage, ceux qui vous connaissent ne vont pas savoir que vous êtes l’auteur de ce livre. Or ce sont des lecteurs potentiels.” C’est lui qui a eu l’idée de mettre le trait d’union. » révèle Claude Louis-Combet dans un entretien donné au Matricule des Anges.

En 1970 – date de publication d’Infernaux Paluds de Claude Louis-Combet – on parle donc beaucoup de son homonyme Fernand Combet1 et de son SchrummSchrumm tout juste publié par Jean-Jacques Pauvert qui a rappelé récemment dans ses mémoires2 à quel point cette publication avait été l’une des plus incandescentes de son catalogue. Puis l’auteur, peu enclin à participer à la mondanité littéraire, publiant au compte-goutte3 pour préférer des occupations orientalistes ou s’adonner à sa passion pour les « computers », était tombé dans l’oubli. Jusqu’à cette heureuse redécouverte.

Car dans le genre allégorique, SchrummSchrumm n’aurait pu sembler d’une actualité plus brûlante. Dans un monde qui s’affirme en reflet du nôtre peut-être vaguement plus caricatural (du point de vue des toponymes et des symboles tout du moins car pour le reste…), un monde qui n’est pas sans rappeler celui de Kafka, d’Orwell ou du W de Perec, SchrummSchrumm – personnage donnant son nom au livre – est appelé, ou plutôt enlevé, afin de participer à l’excursion aux Sables Mouvants dont il aurait fait la demande. Mais il ne s’en souvient évidemment pas, il n’a sans doute fait aucune demande et se trouve entraîné dans un mécanisme implacable régi par les lois d’« Abokétabak » : personne ne peut ni ne doit chercher une logique dans l’enchaînement des événements… Or SchrummSchrumm, en être conscient et logique, a bien du mal à s’y plier et révèle toute l’horreur de cette société absurde et répressive, de son regard à la fois candide et révolté sur le quotidien de la ville-cachot de Malentendu où sont regroupés les excursionnistes censés se préparer à la plus belle aventure de leur vie. Vraisemblablement la dernière, alors qu’ils rêvent – après cet acmé de leur existence – de retrouver quotidien fade, menus loisirs, proches, amis et ennemis, joies dérisoires et déceptions journalières. Mais il est trop tard pour échapper au tribut de cette organisation sociale. En attendant, d’absurdités en mauvais traitements injustifiés, de cris et de bruits de chaînes en rumeur de train partant à l’aube chargé d’un sinistre convoi, de brutes en espions prêts à tout, Malentendu se révèle sous les traits d’une cité concentrationnaire, injuste, cruelle, sadique… un enfer irréversible – « Lasciate ogni speranza, voi ch’entrate ». Le cauchemar devenu réalité d’une société poussant à leurs extrêmes les fondements – avoués ou non – de la nôtre : pouvoir (hiérarchie), religion (croyance), violence (polemos). Une voisine un peu dérangeante, Malentendu, une parente qu’on aimerait bien oublier et qui nous colle pourtant à la peau, quel que soit le chemin parcouru entre l’état d’inconscience et l’Excursion aux Sables Mouvants… Une ombre qui nous rappelle la structure forcément déceptive de toute illusion : illusion de liberté, d’égalité, d’ascension sociale, de récompense après des efforts ou des souffrances, de rédemption. Telle est d’ailleurs la « Prière des Matins de l’Excursion » (p. 313) :

« Il parlait aux amis du visage de sa bien-aimée,
du sourire de sa bien-aimée,
des seins de sa bien-aimée ;
et du fond de leur bourbier, les amis rêvaient d’elle.
Mais, quand elle vint, simplement habillée,
ils s’écrièrent :
Est-ce la Princesse dont nous rêvions !
Et ils furent déçus. »

Ainsi SchrummSchrumm fera-t-il les frais d’une histoire à laquelle il ne souhaitait même pas participer, se disant sans doute, en se souvenant de la douce mélodie enfantine de son prénom4, talisman bien dérisoire – « Il se souvint d’une romance qu’il chantait en duo avec la petite fille de la maison voisine. Il lui tenait la main et ils regardaient leurs lèvres attentivement pour ne pas perdre l’unisson. » (p. 345) – que la plus belle aventure du monde ne peut donner que ce qu’elle a : l’absurdité d’une mort arbitraire.



Notes :
1- Né en 1936 et mort en 2003.
2- La Traversée du livre de Jean-Jacques Pauvert, Éditions Viviane Hamy, 2004.
3- Factice ou les Hommes-oiseaux, J.-J. Pauvert, 1968 ; Mort et passion de Félix C. Scribator, J.-J. Pauvert, 1971 ; Contes de l’Ambre et de l’Opium, Éditions du Fourneau, 1985.
4- « Schrumm Schrumm » étant un terme en allemand utilisé dans les lieder, notamment.




SchrummSchrumm de Fernand Combet, Éditions Verticales, 2006.

mercredi, novembre 18, 2009

Très grande tristesse



André Benchetrit
1955-2009


Le Bord de la terre, roman, éditions L’Une et l’Autre, 2009.

Très-Grande Surface, roman, Éditions Léo Scheer, 2004.

Impasse Marteau, roman, éditions Actes-Sud, 1999.

Le Ventre, roman, éditions P.O.L, 1995.

etc.

Photo © André Benchetrit.

Sous réserve

… Je me rends compte que je n’avais pas mis en ligne l’article sur le premier livre d’Hélène Frappat, Sous réserve, publié dans La Revue Littéraire n°6 en 2004. Voilà qui est fait, pomme C pomme V :

« Je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple et qui n’aura jamais de successeurs »... mais – pourrait-on ajouter – beaucoup de prétendants à la « confession » pourtant : la traque minutieuse du moindre mensonge, la présentation aux yeux du monde dans le plus simple appareil d’une conscience qui se lave en public.
Objectif ? Susciter le réflexe cathartique d’une compassion (il ou elle vaut autant que moi, je vaux autant que lui, pas mieux pas pire, j’ai moins honte de mes faiblesses en découvrant les siennes – + supplément voyeurisme – , telle est la nature humaine, toujours trébuchante mais si attachante, alors ya pas de raison pour que quiconque d’entre nous grille en enfer, hein, même en alignant tous les petits forfaits, toutes les petites lâchetés... = la grande fraternité solidaire des h-u-m-a-i-n-s trop humains...). Voilà pour l’émotion facile d’un genre aujourd’hui galvaudé ; passons à l’analyse singulière d’un objet qui ne l’est pas moins.

Roman composé de 477 fragments entrecroisés, Sous réserve se veut ainsi un livre à contraintes : « Règle numéro 1. Il ne doit se trouver, à l’intérieur de ce livre, aucun mensonge. Règle numéro 2. Je dois y avouer, sans exception, tous mes mensonges ».
Sous le haut patronage du Rousseau des Confessions1, Hélène Frappat fait alterner citations (Kant et correspondance de Kant, Rousseau et correspondance de Rousseau, Hawthorne, François Lyotard, Dante, Wittgenstein...) et révélations personnelles, dans une progression narrative, celle d’une vie – qu’il conviendra au lecteur de découvrir : l’enfance, la scolarité, la lutte contre le négationnisme et l’engagement, les histoires d’amour, leurs trahisons, la famille et ses silences... Un trajet signifiant qui démontre formellement vouloir éviter l’écueil de l’exemplarité et de l’érection d’une statue narcissique.

L’originalité de cette structure n’a rien d’un artifice. La narratrice – multipliant les actes de langage extérieur dans un jeu de caché montré – y développe sa volonté de ne pas se laisser empêtrer dans les leurres qu’elle exhibe à dessein : le « mensonge », la « vérité », pouvoir distinguer les deux comme le blanc et le noir, monde acéré mais rassurant du manichéisme : « 14. (...) Je croyais au secret, à l’imposture, au mensonge. 15. Lorsqu’il renonce au militantisme, Jean-François Lyotard quitte un groupe où l’on pense que la vérité ne transige pas. Des années plus tard, il racontera comment, abandonnant la théorie-vérité, il est devenu un artiste de la théorie-fiction. 16. Le moment est venu d’interrompre la terreur théorique. Le désir du vrai, qui alimente chez tous le terrorisme, est inscrit dans notre usage le plus incontrôlé du langage, au point que tout discours paraît déployer naturellement sa prétention à dire le vrai, par une sorte de vulgarité irrémédiable. Or le moment est venu de porter remède à cette vulgarité, d’introduire dans le discours idéologique ou philosophique le même raffinement, la même force de légèreté qui se donne cours dans les œuvres de peinture, de musique, de cinéma dit expérimental, évidemment aussi dans celle des sciences. Ce qui nous fait défaut est une diablerie ou une apathie telle que le genre théorique lui-même subisse des subversions dont sa prétention ne se relève pas ; que le vrai devienne une affaire de style.»

Révéler sans croyance en la révélation, exhiber son incessant questionnement théorique sur la question de la « vérité » tout en narrant « naïvement2» ses mensonges, ses tricheries, ses choix.

Fantomette combat pour la vérité... masquée !

Loin de chercher une voie médiane, acceptable, la vraisemblance d’un caractère, d’un destin, Hélène Frappat fait siens ces paradoxes pour offrir un portrait diffracté, vibrant, une myriade de polaroïds contradictoires sans que se trouve là l’essentiel de ce roman. Pas un panégyrique du « moi » mais la recherche du « style » – la « diablerie » d’un « style » – dans la vibration entre énoncés hétérogènes, le frottement des citations, les collisions temporelles, la rencontre de figures historiques et personnelle.

Sous réserve s’ouvre d’ailleurs sur une lettre de Maria von Herbert à Kant, l’appel au secours poignant d’une lectrice désespérée au philosophe : par un « grand mensonge », elle a perdu son grand amour ; la fréquentation assidue des œuvres du philosophe ne lui est plus d’un secours suffisant, elle a besoin d’une réponse directe. Et le grand Kant, depuis son refuge de Königsberg pourtant bien éloigné des vicissitudes amoureuses, sera touché et lui répondra...

Les héros de ce vaudeville philosophic’autofictionnel, donc : le mensonge (/la vérité), la honte (/plaisir et « péché »), la sanction (/la mort). La dénudation par petites touches et brouillage référentiel pléthorique d’un secret-matrice, moteur de cet auto « épluchage » (p. 48) minutieux exhibant sa vacuité avec l’énergie d’un désespoir qui ne s’avoue pas.

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Notes :
1- « 30. Je m’étais choisi un compagnon, un modèle, un maître, et c’était Rousseau. Je me souvenais avec terreur du silence qui accueille son aveu dans les dernières lignes des
Confessions. » (p. 20)
2- « 24. (...) « La
naïveté est l’explosion de la droiture originellement naturelle à l’humanité contre l’art de feindre devenu une autre nature » ». (Kant, Critique de la faculté de juger).

Hélène Frappat, Sous réserve, Allia, 2004.

mardi, novembre 17, 2009

Dans le désordre, donc…



Jeudi 12 novembre, nous participions à une soirée Hélène Bessette à la bibliothèque Mériadeck de Bordeaux, organisée par le festival Ritournelles, avec Noëlle Renaude, Fred Léal et Julien Doussinault. La bibliothèque a fait un magnifique travail de documentation, la lecture de Garance Rose (un livre d’Hélène Bessette paru en 1965 chez Gallimard, pas encore republié – mais ça ne devrait pas tarder) par Noëlle Renaude est toujours aussi impressionnante et c’est un bonheur d’écouter Fred Léal ainsi que de découvrir de nouvelles anecdotes bessettiennes à travers l’inépuisable passion de Julien Doussinault.



Et puis j’y ai rencontré Danielle Mémoire que je lis avidement depuis des années – elle était l’une des invitées du festival Ritournelles. Une rencontre, oui, une vraie.



Contre toute rationalité économique, j’ai acquis dix moules à canelés en cuivre – puisque la réalisation de canelés maison est l’un de mes objectifs 2010. Il faudrait sans doute que j’accepte un jour le fait que j’ai en général à peine le temps de faire cuire des pâtes… J’imagine que cet investissement – que je léguerai un jour à ma nièce et qui pourra en faire des photophores originaux si elle n’a pas apprivoisé la recette à ce moment-là – est une manière de lutter contre le courant…



Première photo : Claude Chambard.

La suite, dans le désordre

Hier, c’était la soirée du Prix Wepler, fondation La Poste. C’est le seul prix littéraire auquel j’assiste depuis des années et j’y anime toujours le dance floor en fin de soirée – sur un mix d’Anne Garreta – pourtant éclipsée cette année par les prestations chorégraphiques extrêmement impressionnantes de Johan Faerber… Je m’incline, Johan – faudra quand même m’expliquer un jour comment tu fais ça.

En plus, comme j’ai été sage – ou terriblement diabolique, on peut jamais savoir… – j’ai eu des bons points du Tampographe… Chic !

Il faut aussi souligner – autre événement – que cette soirée était celle du retour au monde de Claro, actuellement en train de finir son prochain livre qu’on a hâte de lire, Madman that missed you et qui est apparu en grand forme et tout bronzé, ou alors je suis tellement pâle que je trouve tout le monde tout bronzé, je sais plus – comme quoi on a le droit de finir un livre en humant les embruns, j’essaierai de m’en souvenir.

Vous le savez sans doute puisque c’est dans la presse, Lyonel Trouillot a gagné le prix avec son livre Yanvalou pour Charlie (Actes Sud) et Hélène Frappat avec Par effraction (Allia) a remporté la mention. Qu’ils soient ici chaudement félicités ! Je n’ai pas besoin de réitérer mon goût pour l’écriture d’Hélène Frappat. Par contre, je dois avouer ne jamais avoir lu de livre de Lyonel Trouillot… ce qui va changer très vite car j’ai été, comme beaucoup, impressionnée par son discours, d’une justesse et d’une humilité extrêmes. Kart de Frédéric Junqua et Les Carcasses de Raymond Federman étaient sur la liste du Wepler, avec d’autres livres que j’aime comme Dans les ombres sylvestres de Jérôme Lafargue (Quidam) et L’Autoportrait bleu de Noémie Lefebvre (Verticales) mais, que voulez-vous, c’est la loi des prix, il faut un lauréat ! Et puis, ce qui est bien avec le Wepler, c’est qu’on sait que c’est un choix de lecteurs…

Un hommage a été rendu à Raymond Federman ainsi que le souhaitaient Marie-Rose Guarnieri et les autres membres du jury. Nous avons lu un court extrait des Carcasses avec Nathalie Lacroix – libraire du Comptoir des mots à Paris, membre du jury. Raymond était tellement heureux d’être sur une liste de prix français ! Il était présent à travers son écriture. Il le sera toujours.

J’en profite pour vous signaler un remarquable article de Frank Wagner sur Raymond Federman.

mercredi, novembre 04, 2009

Le Zaroff : résumé des épisodes précédents

Encore un long moment d’apnée… Décidément, ça ne s’arrange pas !

Entre autres choses, Le Zaroff de Julien d’Abrigeon a pris la forme d’un livre de 128 pages qui paraîtra le 25 novembre. Un cadeau de Noël idéal pour dire à vos proches combien vous les aimez. Vous pouvez même préparer un coffret-cadeau personnalisé avec Le Zaroff + un tampon du Tampographe Sardon – dont j’avais parlé ici – puisque c’est lui qui a réalisé cette belle couverture avec des squelettes en plastique – j’en ai un en souvenir, qui décore mon bureau rue de l’Arcade, à côté d’un crâne rouge et noir de rituel candomblé brésilien. C’est du plus bel effet.

Vous avez le choix. Zaroff + « Le grand esquelette », Zaroff + « Kommanduturlututu », Zaroff + « Majeur », Zaroff + « Chrétiens de gauche », Zaroff + « Usage de faux Dubuffet»… Pour toute la famille (ne convient néanmoins pas à un enfant de moins de 72 mois) et pour tous les budgets.

Très heureuse, donc, d’être l’éditrice de l’implacable Zaroff. Guettez des lectures publiques du texte ! Julien d’Abrigeon est également l’un des membres des amis BoXon – dont j’ai déjà dû parler ici, j’ai la flemme de chercher les liens, mais vous trouverez facilement. Je ne résiste pas à l’envie de vous montrer deux vidéos de coulisses BoXoniennes – Julien n’y apparaît pas, hélas, mais c’est tout ce que j’ai trouvé sur le net. Je tâcherai de vous montrer d’autres choses prochainement.



mercredi, octobre 21, 2009

Lentum marmor, lentum venenum

J’ai l’impression que quelqu’un a cassé le sablier géant présidant à l’écoulement du temps et que le sable s’en échappe de façon précipitée… C’est normal docteur ? Ou peut-être est-ce un prisme personnel découlant non d’un sablier imaginaire mais d’une conjonction : hypersomnie (enfin 8 heures par nuit, quoi, ça veut peut-être rien dire pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup…) qui bouffe deux ou trois heures de temps par jour, crevitude chronique, mollesse du neurone (lentus cœpti) et du genou (lentus incaluisse) qui en fait perdre, du temps, lectures de philo (elle était bien poussiéreuse mon Éthique spinozienne…) qui demandent du temps et pulsions de traductions virgiliennes – ben qui demandent du temps aussi… Bref, un manque objectif de temps pour réaliser les tâches courantes qui sont plus que nombreuses, un désir impérieux de ralentir la machine, de déguster le temps pour pouvoir absorber ce qui m’a toujours maintenu en vie : la pensée ; et exprimer cette respiration à travers : l’écriture.

Amis lycéens, si vous ne comprenez pas bien ce qu’est un dilemme cornélien, contactez-moi.

… Et, euh, si quelqu’un a cassé ce putain de sablier, qu’il le dise ! Un coup de gaffeur ou un ptit email à BMW pour qu’ils fournissent du matos comme ils l’ont fait sur la Place Rouge, et on n’en parle plus…

lundi, octobre 12, 2009

Lettre de Simone Federman

J’ai reçu cette lettre de Simone Federman il y a quelques jours. Une lettre magnifique. Que Simone a publiée sur le blog de son père : [the laugh that laughs at the laugh...]. Je lui ai demandé si elle souhaitait qu’elle soit diffusée par ailleurs. C’est son vœu. La voici donc, écrite en anglais et en français dans la tradition federmanienne :


October 6, 2009

My father died this morning. Last night I read all of The Voice in The Closet to him in one breath, 75 pages: one sentence. I stopped on page 61 to cry, and then we both cried at the end.

He had not been responsive for more than 24 hours, so this was especially magical. I thanked him for all the books, all the beautiful sentences, this being the most beautiful I had ever read. I thanked him for being the best father I could ever imagine. I told him he would always be my best friend. His eyebrows told me to stop crying. So I did. I told him I understood because he had taught me about laughter.

I went to bed on the pull-out couch next to his bed. I half heard his loud heavy breathing stop and roused to call my mom, who had already had a beautiful tearful last goodbye, and the nurse. He had died. We said kaddish for him at the mortuary, and he was cremated, as he wished, like his mother, father and sisters, at about noon.

We are planning to spread some of the ashes, maybe some noodles too, at his golf course, maybe even make a drop at the casino, and then bring some to France to spread at his former apartment and Le Cimetière Marin (the one in the Valéry poem he wanted me to read to him last week).

My mother and I, my sister Robin and brothers, James and Steve are planning a memorial celebration of his life in San Diego in the coming weeks, details to come.

We are okay, feeling strong. We had a really special last few weeks with him, not to mention a really special 47 to 49 years. I apologize for the group e-mail. I just wanted you to know.

Much love,

Simone


Le 6 octobre 2009

Mon père est mort ce matin. La veille je lui ai lu tout La Voix dans le débarras d’un seul trait, 75 pages : une phrase. Je me suis arrêtée à la page 61 pour pleurer, et ensuite on a pleuré ensemble à la fin.

Cela faisait plus de 24 heures qu’il n’avait plus réagi, c’était donc particulièrement magique.

Je l’ai remercié pour tous les livres, toutes les belles phrases, celle-ci étant la plus belle que j’ai jamais lue. Je l’ai remercié d’être le meilleur père que je puisse imaginer. Je lui ai dit qu’il serait toujours mon meilleur ami. Ses sourcils m’ont dit d’arrêter de pleurer. Donc je l’ai fait. Je lui ai dit que je comprenais parce qu’il m’avait tout appris sur le rire.

Je me suis couchée sur le clic clac à côté de son lit. J’ai entendu à demi sa respiration lourde et bruyante s’arrêter. Je me suis levée pour appeler ma mère, qui lui avait déjà dit un bel et tendre dernier adieu, ainsi que l’infirmière. Il était mort. On a dit le kaddish pour lui à la morgue et il a été incinéré, comme il l’avait souhaité, et comme sa mère, son père et ses sœurs l’avaient été, aux alentours de midi.

Nous avons pour projet de disperser certaines de ses cendres, et peut-être aussi quelques nouilles, sur son parcours de golf, de peut-être même en laisser certaines au casino, et d’en apporter ensuite en France pour les répandre dans son ancien appartement et au Cimetière marin (celui du poème de Valéry qu’il a voulu que je lui lise la semaine dernière).

Ma mère et moi, ma sœur Robin, et mes frères James et Steve allons organiser une célébration commémorative à San Diego dans les prochaines semaines, les détails suivront.

Nous allons bien. Nous venons de passer quelques semaines vraiment magnifiques avec lui, sans compter 47 à 49 années non moins magnifiques. Veuillez m’excuser pour cet email groupé. J’ai juste voulu vous mettre au courant.

Je vous embrasse,

Simone


Photo Bruce Jackson.

mercredi, octobre 07, 2009

Raymond Federman


En 2002, nous buvions un verre dans un café de la rue Rambuteau, il regardait d’un air gourmand une belle parisienne en fumant une cigarette – je crois qu’il ne fumait plus qu’en France, pour le geste, pour le souvenir –, le visage fendu d’un grand sourire lumineux qu’il arborait souvent, les yeux pétillants, et avec ce même sourire, il m’a dit : « Tu sais, Laure, je suis un vieux bonhomme maintenant. Un jour, un de ces jours, dans pas longtemps, des extraterrestres vont venir me chercher pour m’emmener dans leur planète. Il va falloir t’habituer… »

Je ne l’ai pas cru à ce moment-là, bien sûr. J’ai vite changé de sujet. Je croyais qu’il était immortel, notre Raymond. Et puis ces salauds d’extraterrestres ont fini par venir le chercher, comme il l’avait dit. Peut-être est-il dans la file de la zone des Carcasses. Peut-être est-il en train de raconter des histoires aux autres Carcasses pour faire passer le temps, extrapolant quant à sa transmutation. Peut-être le grand Sam l’attendait-il pour organiser la plus grande révolte que la zone des Carcasses ait jamais connue, en triste fourire, bien entendu.

Sans sombrer « dans la grande connerie méta-pata-physique », je ne peux m’empêcher d’imaginer les retrouvailles avec sa mère Marguerite – déportée à Auschwitz dans le convoi 14, wagon 16, le 3 août 1942 –, son père Simon – déporté à Auschwitz dans le convoir 24, le 28 août 1942 –, et ses sœurs Sarah et Jacqueline – déportées à Auschwitz dans le convoi 21, wagon 2, le 19 août 1942. Raymond Federman a été incinéré « dans la tradition familiale » – j’emprunte cette expression au père de mon amie Laure Mentzel qui avait demandé qu’elle figure dans son propre avis de décès. Je crois que Raymond ne l’aurait pas reniée.

Je pense à Erica, sa femme, Simone, sa fille, à toute sa famille. À ses amis, ceux que je connais, Nathalie, Stéphane, Pierre, Christian… ceux que je ne connais pas. Et je pleure Raymond que j’aime tant, qui me manque tant. Grâce à sa mythologie carcassienne, je vais l’apercevoir sans cesse, dans le mouvement dansant d’une feuille qui tombe à l’automne, le rire d’un enfant, les bulles d’un grand cru de Champagne, le son d’une viole de gambe, la couleur métallique que prend parfois la mer dans le port de Bastia. Tout ce qui émeut et emporte dans un grand courant de vie.


Quelques bye bye frenchy à la queue leu leu :
Claro
Fric Frac Club
Le Monde
Sitaudis
Lignes de fuite
Peggy Sastre
BibliObs
L'Huma
Mouvement
Christine Bauer
Marc Pautrel
Libr-critique
Poezibao
Claude Chambard
Remue.net
La Revue Internationale des Livres et des Idées
Paulette
Le Permanent
Hublots
Libé
Politis
Cousu main
La Ligue des droits de l'homme Bagneux-Malakoff-Montrouge Autofiction.org
Lettre d'Anna-Patricia Kahn sur le blog de David Genzel (bas de page)
Le vieux monde qui n'en finit pas

mardi, octobre 06, 2009

Le mystère Lafargue

J’ai reçu de plusieurs personnes – que je ne connais pas –, par email, ce texte signé Alexandre Fraielo – nom dont je n’ai trouvé absolument aucune occurrence sur le net, ce qui est assez rare… – qui pose une théorie étonnante concernant l’identité de Jérôme Lafargue – l’auteur du récent Dans les ombres sylvestres – qui serait un hétéronyme de Dominique Poncet et/ou Onuma Nemon ou une création collective à la « Marc Ronceraille ». Il est vrai que Jérôme Lafargue vivant en Afrique, ses apparitions publiques sont rares, en France. Il reste donc un personnage énigmatique et je dois avouer que, une amie de l’époque ayant semé le doute, j’avais eu moi-même quelques interrogations du même genre quant à son identité, au moment de la sortie de son premier livre, L’Ami Butler – il était intervenu dans l’émission de Pascale Casanova sur France Culture en duplex.

Le texte, que je copie-colle ci-dessous – mais que je m’engage à retirer si cela dérange son auteur, Alexandre Fraielo, il lui suffit de me contacter en laissant, par exemple, un commentaire justifiant de son identité… des fois qu’il soit lui-même un joyau de l’hétéronymie… – est une enquête fouillée – même si on n’en partage pas tous les rapprochements ou jugements sur certaines œuvres littéraires – et l’on est presque gêné de contredire des arguments si étoffés en annonçant que Jérôme Lafargue passera quelques jours à Paris et sera visible :

- jeudi 8 octobre à 19h au Divan, 203 rue de la Convention, dans le quinzième arrondissement ;

- vendredi 9 octobre à 19h30 à la librairie Atout Livre, 203 bis avenue Daumesnil, dans le douzième arrondissement en compagie de Philippe Annocque, Jacques Jouet François Beaune et Jean-Michel Guenassia ;

- samedi 10 octobre à 17h à la librairie Le Merle Moqueur, 51 rue de Bagnolet, dans le vingtième arrondissement.

Lecteur, tu sais quoi faire pour rencontrer le seul, le vrai, l’unique Jérôme Lafargue en chair et en os – et avec un peu de chance, tu verras aussi son éditeur, Pascal Arnaud, qui, je tiens à le préciser ici, n’est pas le fils naturel de Jérôme Lindon et de Catherine Deneuve, quoi qu’en dise la rumeur.*

Mais place à la question posée par Alexandre Fraielo : « Est-ce du ciment Lafargue ou du Mencius Poncet ? »

Je viens de lire avec grand plaisir Dans les ombres sylvestres, de Jérôme Lafargue qu’un ami critique qui n’a même pas daigné le lire m’a renvoyé ; c’est construit de phrases baroques, assez largement démarqué de plusieurs auteurs d’Amérique du Sud, dont Borgès est le nom qui vient immédiatement à cause du fantastique et du goût de l’érudition, bien que ce ne soit pas celui qui convienne le mieux.
On se retrouve au milieu de signes dissimulés à travers les landes, du bois du Loup Gris, avec un héros fasciné par la lecture de Gaspard de la nuit d’Aloysius Bertrand et surtout des révoltés que sont les bûcherons-gemmeurs (à propos desquels Jérôme Lafargue note enfin de volume : « Les gemmeurs étaient considérés, avec les cheminots, comme l’un des corps de métier les plus virulents et les plus activistes. »).
L’auteur insiste également beaucoup sur l’ombre et la lumière dans les tableaux de Hieronymus Bosch… Et puis il y a aussi l’enquêteur aux initiales de l’auteur. Dans son précédent ouvrage, à cause de cet auteur constituant une œuvre de “débuts”, je songeais à Onuma Nemon, même si le résultat n’a rien à voir.

Donc par une sorte de manie je clique sur « gemmeurs + Onuma Nemon » je tombe sur un texte du CIPM du vendredi 1er avril 2005, qui est apparemment une présentation de l’œuvre de Onuma Nemon par Dominique Poncet :

« Pour cela, comme dit Aragon “Nous nous contenterons de peu / On aime et l’on vit comme on peut”. Chacun son échelle et son écuelle. Nous avons des félicités de gitans, de mécanos, de bûcherons gemmeurs. » Il semblerait que le texte soit plutôt d’Onuma Nemon.Or, à cette soirée à laquelle j’assistais, Dominique Poncet (qui est devenu sur le web Louis Watt-Owen entre autres) précisait bien qu’il n’était pas Onuma Nemon.
C’est sur le site du dénommé Watt-Owen que j’ai découvert pour la première fois des textes de Lafargue.
Curieux, curieux…

Cette fois-ci, sachant aussi que beaucoup de personnes et l’auteur lui-même ont insisté sur son activité réelle et pratique de bûcheron, je questionne « bûcheron + Onuma Nemon » et je trouve d’abord l’entretien du Quartier en 2005 :
« c) Vous consacrez aux arbres des portraits : comment les regardez-vous ?
Je les vois comme des individus à la façon de Hugo ou de certains romantiques allemands, et surtout comme habités par des divinités telles que les Méliades qui logent dans les frênes. Je les fréquente beaucoup comme bûcheron, et pas de façon décorative. Un seul arbre isolé construit et condense tout un paysage autour de lui. »

Puis encore sur le site cet extrait de « Pr’Ose ! » :
« Je vois dit Walt un tracteur grinçant du côté des plaines.
J’entre dans les cuisines où cuit le chou pommé et d’où surgit
Une nouvelle source pour le monde, dit Pablo.
L’Amérique du Nord arme ses hordes
De bouchers des abattoirs de Chicago
Pour gouverner la musique et l’ordre.
Que s’éveille le bûcheron Oural ou Illinois, qu’importe ! »
Et cet autre : « Le bûcheron barbu, bonnet de laine noire,
Rit près de moi à qui préconise
À son voisin migraineux “un cachet d’entre-cuisses de femme” »

Si je clique à présent sur « Aloysius Bertrand + Onuma nemon » je tombe sur un texte paru dans la revue Fusées et datant de 2007 à propos d’un peintre nommé Lucerné et je lis entre autres :
« Ce que dit Max Milner de l’invention du poème en prose par Aloysius Bertrand dans la chère ville de Dijon (qui fut également première à imprimer Joyce et où Henri de la Tribu des Gras finit en partie sa vie), ce créateur génial d’une “esthétique de la discontinuité” rejoint cela : “Mais à s’attendrir sur le guignon dont le poète est une victime presque trop exemplaire, on risque de méconnaître les bénéfices que son œuvre a retirés de son isolement, bénéfices qu’il a peut-être inconsciemment recherchés en s’enfonçant dans sa marginalité. Cette notion de marginalité me paraît essentielle pour comprendre comment a pu se former un talent si étrangement soustrait à la norme. Elle suppose ce qu’il faut de contacts avec le monde pour en capter les influx, en ressentir les appels, et en même temps une incapacité foncière, à la fois subie et voulue, à s’y faire une place.” » (Préface à l’édition de Gaspard de la Nuit, Poésies Gallimard. 1980).
Et Aloysius lui-même : « Je suis presque sans chaussures, mon habit est usé sur le devant […] c’est aussi en partie ma toilette qui me fait négliger Victor Hugo et ses amis » (Ier août 1829). « C’est grâce à un manque de chaussures que le poème en prose a été inventé. »

D’autant plus curieux qu’il est question dans ce même texte en gros du plagiat et de la façon dont tout le monde mâchonne la même chose grâce au Net et produit des « imitations lamentables. »
Ailleurs et toujours sur le site Onuma Nemon je trouve en commentaire d’un texte des Quartiers de O. N. concernant l’Oncle de Buenos-Aires :
« Où il est encore question de la prosodie, d’Aragon autant que du Maimonides Hospital, mais surtout du “duende” des fuyeurs des Tribus diverses de la Cosmologie, des Incarnations et de la façon dont l’Inscription transforme les corps, de la théorie des veilleuses et de la formidable invention réclusive d’Aloysius Bertrand ou du peintre Luncarné.
I. Revay »
Et dans le texte lui-même :
« Bergotte parlait ainsi au nom de “l’aristocratie du goût” de la jouissance de plats simples qui devait être offerte à tous, tels que le porc aux lentilles de Brecht, ou les lentilles à l’échalotte avec un filet de vinaigre ; et le peintre Luncarné disait des choses semblables à propos de certaines boissons, ceci n’ayant rien à voir avec la fortune. Ou encore Le Capitaine, à propos de la douceur de la gousse des fèves toutes premières de la région girondine, de l’odeur torsadée des tomates qu’on arrose le soir, en plein été… »
Cette fois-ci Lucerné est devenu Luncarné ! Puis plus loin :
« Aloysius Bertrand et sa prose gothique ! Perdition farouche ! Mais nous, dans la neige, nous aimons laisser briller la tiédeur intimiste de Varikino, le cristal fleuré de la Cerisaie, tout ce continent-là de veilleuses et de quiétude, autant que les marches exaltantes de Robert Walser ou de Nijinsky. »
Et dans un texte apparemment explicatif concernant le personnage de Henri le docker de la Tribu des Gras (qui fut aussi bûcheron !) :
« Il vint à Dijon parce que La Bande à Jésus y prêchait la non-directivité par le tag et surtout parce qu’Aloysius Bertrand y avait inventé le poème en prose qui avait permis Les Petits Poèmes en Prose de Baudelaire et Les Illuminations de Rimbaud. Rien n’avait été inventé depuis, sinon les Shortes, ces Plus Courtes Encores (que des Nouvelles), par O. Lui qui était analphabète avait appris à adorer Aloysius Bertrand que lui lisait Jeanne à haute voix, et comme lui il pouvait dire : “J’aime Dijon comme l’enfant, la nourrice dont il a sucé le lait.” à cause de la véritable symbiose entre le présent et le passé que cette ville journellement et amoureusement contemplée a rendue possible chez un être qui a porté le désir de faire revivre le passé jusqu’à l’hallucination. […] il opère des trouées dans le mur des siècles qu’il parvient à opérer lorsqu’il se plaît, comme le dit encore admirablement Breton, “à nous précipiter du présent dans un passé où aussitôt nos certitudes tombent en ruines”. On imagine mal ces visions libératrices élaborées ailleurs que dans le renfermement d’une ville provinciale. (Max Milner), comme pour Lucarné.
Henri a retrouvé cet état hallucinatoire dans Bruges également, sur les traces de Rodenbach et de Rimbaud, après les Ardennes en Hiver. Dans Bruges la plongée littérale en Moyen-Âge, la perdition dans les canaux, toujours ramené à un même point, l’errance à travers la Neige. Et, sans se leurrer pour autant, ceci étant lié à l’artifice gothique. »

Si je cherche à présent du côté des « landes » je retombe sur l’Oncle de Buenos-Aires dans les
Quartiers de 2004 avec ceci :
« Il a insisté sur plusieurs choses dans “la Mission des Troupes Diverses” :
– la transmission orale (mais la bonne parole n’était pas la même dans chaque groupe ?)
– celle des manuscrits Orphiques contenus dans le coffre de La Havane,
– la mise à jour de la méthode contenue dans chaque œuvre d’art indépendamment de toute interprétation,
– la transcription des états hypnagogiques, à la limite de l’endormissement, tous les imbéciles disparus, quand toute maison dort,
– chercher les proses dans les landes : touffues, griffues, les textes haillonneux, buissonnés, farouches, ceux qu’on n’obtient qu’en courant sur des terrains cahotiques,
– la reconduite Zen de recherches à pousser au-delà dont “un pacte inter-osseux”.
– l’appréciation la plus “serrée” de “La formule de Jivago” (à voir), cette combustion incessante, cette braise rougeoyante entretenue par des pages (ça ce serait plutôt Stephen)
– enfin capter tout ce qui se glisse entre les strates du monde : sonores, physiques, etc. Mais on en a sûrement oublié ! »
J’ai trouvé dans la cosmologie du susdit tout autant de choses autour de « loups gris » et d’un lieu dit « Le Bois Noir » avec l’Oncle Alfonse, bûcheron-gemmeur dans les landes. Etc, etc.

Du côté de l’ombre des tableaux, j’ai moins cherché mais j’ai tout de même trouvé ceci, toujours dans les inévitables Quartiers :
« Arrivé à Paris peu après Christophe, Onan, dit “L’Hombre” amateur d’ombres, cherche à rapter les ombres dans les tableaux.
Il se trouve devant cette évidence que là réside, dans cette couche de fraîcheur extrême des choses, le sentiment absolu du Temps.
À l’extase d’aisance de la campagne répond la condition du devenir de la Mort. Le franchissement du Temps fructifie dans les ombres, dans la face fragile des tableaux, qui est leur abord Bergottien.
Ombres des arcades sous le Pont-Neuf, ou des nuées sur l’immensité de la place Dauphine avant la destruction d’un côté de son triangle pour l’extension du Palais de Justice. Ombres paysagées des versants de Paris depuis ses hauteurs environnantes de la Butte Montmartre ou du Mont Parnasse.
L’Hombre aspire d’autant plus cette liquidité baroque, poudreuse, lyrique, du soleil en contrepartie, qu’il s’imbibe de l’enthousiasme secret du cher repli dans les peintures romantiques et du début du XXe siècle.
Il a découvert cela abruptement, continuité et non découpe, tombé dans cette nappe avec surprise.
Son humanité est faite d’ombre et non pas d’obscurité.
L’ombre est une maladie de la lumière, son retour sauvage à l’enfance, à l’organique. Elle coule le long des bâtiments comme l’urine, se fixe sous les nuées comme du sperme, s’enduit au couteau sur le paysage comme des excréments, redevient signe brut, biologie de la pierre et de l’arbre à peine décalée par un voile translucide.
L’ombre est une teinte, un terreau répandu pour toutes les possibilités de l’être, une multiplication de mycoses explosives. C’est l’ombre qui fait basculer la partie soleilleuse du tableau dans l’œuvre d’art ; c’est pourquoi elle contient la fureur du passé sans altérations ; elle se borne à le recouvrir légèrement et en conserve dans une discrétion tous les reliefs inaltérables.
L’ombre, c’est l’excrétion de l’enfant, l’encre de la pieuvre, la gale de chêne au coin du pupitre.
L’ombre plisse la mouvance éternelle du corps enfantin du monde, chiffonne l’Univers merveilleux avec ses grandes coupes, ses fractures, et rapproche des continents situés à des milliers d’années-lumière de distance… Comme sur les routes d’Aragon, sans qu’on le voie tout de suite, le plateau qui semble continuer celui où l’on se trouve est en réalité coupé par un immense précipice qu’on ignore.
L’ombre est une matrice pour l’être flasque qui lance sa modernité par une poétique des lignes de crêtes toujours inachevées, interrompues en poudre, vers une vraie vue d’aurore, un chant clair.
Humanité de cette mouvance de Chose qui modèle visages, corps, paysages, et contient leur formidable puissance ramassée. »
Vous en conviendrez, on n’en finirait pas, et peut-être qu’il en est ainsi avec beaucoup d’auteurs, cette spirale paranoïaque étant créée je le suppose de toute pièces par le web. Mais, sans vouloir imposer mon interprétation, Onuma Nemon est-il un pseudonyme de ce Lafargue qu’on trouve avec insistance chez Onuma Nemon au prénom de Paul, le roi de la Paresse ? Ou bien Lafargue et Nemon ne sont-ils que des pseudonymes de Dominique Poncet mystérieusement disparu ? (Et pour cela, j’ai quelques documents en réserve que je développerai dans un autre blog, sauf à rendre celui-ci indigeste.)
C’est bien dans le premier numéro de la Polygraphe qu’on a pu lire « Brigitte et son chou », le premier texte d’Onuma Nemon, et à Chambery on sait que le père Poncet, Henri a une réputation de bûcheron et d’homme de force.
Parmi les auteurs potentiels, pourquoi n’ajouterions-nous pas l’auteur de l’Alamblog, un des comparses de l’ex-main de singe, dont la spécialité reste l’érudition en matière d’histoire littéraire ?
Car en définitive, contrairement aux fausses pistes (photos contradictoires, pseudo-révélations, témoignages inversés de gens n’ayant pas du tout rencontré la même personne…) il semble bien qu’Onuma Nemon soit une création collective. Sinon comment expliquer des écritures aussi différentes. Il y a eu un billet à ce propos sur le site… mais il n’est resté que deux jours en décembre 2008 ! À qui voudrait bien le saisir comme la queue du Mickey.

Renaud Camus quant à lui, grand connaisseur du Gers et proche (géographiquement) des Tristram semblait dire si j’ai bien compris ses allusions qu’il s’agissait de l’un d’entre eux mais je vois mal un texte aussi traditionnel et appliqué que celui de Gailliot englober cette sorte d’univers.

À la fin, c’est à d’autres lecteurs à dénicher qui se trouve dans les ombres sylvestres ou dans les strates des textes.

Alexandre Fraielo Marseille


Image d'illustration : photo de l'intérieur du livre : Marc Ronceraille par Claude Bonnefoy, numéro 100 d'« Écrivains de toujours », éditions du Seuil, 1978, photo trouvée sur le blog Tours et détours.

* Rumeur qui n'existe que dans ces quelques lignes, bien sûr (je préfère préciser, on ne sait jamais)... Mais qui n'est pas plus délirante que Jérôme Lafargue être de papier...

dimanche, octobre 04, 2009

Dexter à Marseille

Voici le texte de mon intervention sur Dexter dans le cadre de la soirée « séries télé » de la Semaine de la pop philosophie qui se déroule en ce moment à Marseille. Un texte écrit pour être dit, je le précise – donc volontairement clair (enfin, j’espère) – et itératif avec plein de points sur un certain nombre de « i ».

La dissection ludique de cette notion de « pop philosophie » s’est poursuivie aujourd’hui avec le « Jeu de la théorie » inventé par Patrice Maniglier et un audacieux parallèle entre Barbara Cartland et Hegel jonglé par Mark Alizart. Certaines interventions seront bientôt retransmises sur Léo Scheer.TV. L’on passe de très beaux et bons moments d’amusements théoriques et de joutes rhétoriques plus ou moins référencées que nous espérons ainsi vous faire partager prochainement.

Merci à la très talentueuse et adorable et efficace équipe de la Semaine de la pop philosophie, Jacques Serrano – créateur de l’événement –, Émilie, Vanessa…




J’avoue avoir innocemment donné dans le spoiler en écrivant mon texte sur Dexter pour Écrivains en séries. J’étais tellement immergée dans le rythme de diffusion américain qu’il ne m’était pas venu à l’idée que quelqu’un, en France, pouvait ne pas en avoir vu les deux premières saisons… Après m’être fait copieusement insulter par une amie qui se reconnaîtra, j’ai donc décidée d’être plus attentive et je vais tâcher de ne pas gâcher le plaisir de ceux qui seraient en pleine découverte dexterienne ou qui s’apprêteraient à s’y lancer en vous en faisant une rapide présentation subjective.


Avant la série : le livre

Avant d’être le héros d’une série, Dexter a été celui d’un roman de Jeff Lindsay – qui est marié avec la nièce d’Hemingway, pour la petite histoire, depuis que je lis Grazia, je n’ai plus de scrupules à distiller ce genre d’informations… – Ce cher Dexter (Darkly Dreaming Dexter), dont la traduction est parue en 2005 au Seuil. Pour les obsessionnels, je signale que Jeff Lindsay fera un caméo – « apparaîtra » en français, mais on perd la référence hitchcockienne… – dans le dixième épisode de la saison 3 dont je ne vous dirai rien, non, même si je l’ai vue, hé ! hé !…

La première saison de Dexter suit d’assez près les grandes lignes du roman de Jeff Lindsay, notamment à travers la constitution du personnage principal. Elle s’en déprend à partir de la saison 2, alors que l’écrivain poursuit de son côté sa saga avec : Le Passager noir (Dearly Devoted Dexter), Éditions du Panama, 2005 ; Les Démons de Dexter (Dexter in the Dark), Michel Lafon, 2008 ; Dexter by Design, sorti en 2009 au Royaume-Uni et encore non traduit en France, évoquant la lune de miel de Dexter à Paris pendant laquelle il découvre le monde de l’art contemporain… ; le prochain Dexter de Jeff Lindsay, prévu pour 2010, s’intitulera : Dexter is Delicious et devrait contenir des éléments de cannibalisme.

C’est donc Jeff Lindsay qui crée Dexter Morgan, expert judiciaire le jour, meurtrier en série la nuit, c’est lui qui évoque le « passager noir » qu’invoque sans cesse Dexter et surtout, l’écriture à la première personne – procédé d’ailleurs repris dans mon texte – qui est adaptée en voix off du héros dans la série.

James Manos Jr en réalise l’adaptation sérielle. Il est l’un des auteurs des Soprano (de David Chase) et de The Shield (de Shawn Ryan), séries dont l’univers est proche, par certains aspects, de celui de Dexter : la violence fragile de Tony Soprano, capable d’assassiner son meilleur ami sur une suspicion de trahison et de tomber dans les pommes parce que des canards sauvages ont déserté son jardin ; Vic Mackey, chef ripou de la « Strike Team » dont The Shield raconte les aventures, à la fois repoussant et corrompu mais terriblement attachant car humain, trop humain.

Pour donner dans la digression et citer d’autres îlots esthétiques dans le monde des séries contemporaines, on pourrait aussi évoquer Joss Whedon, créateur des séries Buffy, Angel, Firefly et Dollhouse – cette dernière sera diffusée en France à partir du 25 octobre 2009 sur Téva – qui développe un univers très cohérent tiré des comic books – voir à ce sujet l’article très riche de Clément Tuffreau dans Écrivains en séries.

Ou bien, évidemment – et là, on donne dans le très haut de gamme plastique – Alan Ball, qui a offert au cinéma American Beauty et aux séries les monuments que sont Six Feet Under et True Blood – actuellement en diffusion. Il est intéressant de remarquer une similitude entre le début d’American Beauty et les débuts d’épisodes de Six Feet Under puisque American Beauty commence par la mort du héros, Lester Burnham et développe ensuite une analepse – ce qui diffère, en l’occurrence, de la série Six Feet Under dans laquelle on suit à la fois le devenir des cadavres (réactions des proches, embaumement, enterrement…) et l’évolution de la famille Fisher, propriétaire de la société de pompes funèbres Fisher & sons. Quant à la cohérence esthétique entre Six Feet Under et True Blood, elle est tout d’abord thématique – puisque True Blood, c’est l’histoire du coming out des vampires dans la société des humains… donc, à nouveau, la mort surgissant dans la vie… – mais surtout esthétique, à travers une photographie extrêmement travaillée, des plans au cadrage léché, des personnages aux contours presque dessinés.

Fermons la parenthèse et revenons à notre cher Dexter… qui est d’ailleurs interprété par Michael C. Hall, alias David Fisher, le sage frère homosexuel et empli de doutes, dans Six Feet Under, que je viens d’évoquer ; Dexter lui offre une dimension bien différente.


Dexter : serial killer au quotidien



On pourrait commenter ce générique, plastiquement, pendant des heures.

La force de Dexter, c’est qu’il se fond dans le paysage. On assiste au petit-déjeuner d’un personnage masculin, tout ce qu’il y a de plus innocent : café, œufs, bacon… mais l’omniprésence du rouge sang, quasiment écœurante quoique presque toujours métaphorique – n’était-ce le meurtre d’un moustique innocent – annonce d’ors et déjà la couleur : Dexter est ce qu’il est dans un univers au sein duquel il a appris à se fondre, tel un caméléon. Dexter a une autre lecture du monde que le commun des mortels.

Ce générique semble s’inspirer librement de celui du film American Psycho, adapté en 1999 par Mary Harron du roman éponyme de Bret Easton Ellis – paru en 1991. Même jeu sur les contrastes rouge/blanc, même présence métaphorique du sang à travers un univers culinaire. L’ambiance d’American Psycho est néanmoins d’emblée plus trouble, cynique voire malsaine, dès son générique, bien moins lumineuse que celle de Dexter.
Le parallèle entre ces deux œuvres ne s’arrête pas là, puisqu’on pourrait superposer par certains aspects ces deux héros à double visage : lisse et professionnel d’un côté, tueur en série de l’autre. D’ailleurs, la série fait explicitement référence à American Psycho :
– Dans un épisode, pour obtenir un tranquilisant pour animaux, Dexter utilise le pseudonyme Patrick Bateman, qui est le nom du héros de Bret Easton Ellis ;
– Dans un autre épisode de la saison 1, se rendant chez un psychanalyste, Dexter se fait appeler Sean Ellis. Sean étant le prénom du frère de Patrick Bateman, protagoniste du livre Les Lois de l’attraction (The Rules of Attraction), deuxième livre de Bret Easton Ellis paru en 1987 ; le nom de famille étant, bien sûr, celui de l’auteur.

Parenthèse : ce générique donne lieu à de nombreuses parodies sur le net, intéressantes en ce qu’elles adaptent l’univers de Dexter à chaque pays : parodie à l’italienne (« Luciano ») : salami et pastis ; parodie juive (« Dessler ») : jus de grenade et viande casher ; parodie à l’espagnole (« Malviviendo ») : pastèque et pasteis – enfin, feuilletés sud-américain, « pasteis », c’est du portugais, je ne sais plus comment ça s’appelle en espagnol ; parodie française (« Pierre ») : brioche vendéenne, confiture bonne maman et lait Candia… Bref, des adaptations amateur qui révèlent l’énorme succès de ce générique.

D’ailleurs, je ne sais pas si c’est une forme de réponse à ces multiples parodies-hommages, mais Dexter parodie lui-même le générique dans l’un des épisodes de la saison 3… je n’en dirai pas plus.


Un héros ambivalent

On l’a déjà rapidement évoqué en parlant du générique, Dexter ne cesse de manifester son ambivalence. Derrière son sourire d’ange se trament les pires plans de capture. Il travaille pour la police alors qu’il devrait être traqué par elle. Il peut être doux comme un agneau avec ses proches et sans pitié pour ses victimes… qui sont des bourreaux. Car Dexter est un tueur qui a un code : il élimine les criminels sanguinaires qui sont passés au travers des filets de la police. C’est son père, policier, qui lui a donné ce code.

L’on pense d’abord que c’était pour l’aider à contrôler ses pulsions, à les canaliser. Pour sauver sa vie, en apprenant la ruse et la prudence. On se demande ensuite si ce père – qui disparaît très tôt dans la série et n’apparaît plus que sous forme de fantôme, de conscience perverse – n’en a pas profité pour exercer par procuration – sans se salir les mains, donc – une justice qu’il ne pouvait faire respecter en tant que policier, en suivant le chemin strict tracé par la loi.

Dexter est à la fois un tueur en série au sens classique du terme, un cas d’école : il tue des victimes de même profil selon un rituel précis avec une grande méticulosité ; et un justicier, là encore archétypal, portant deux identités, l’une sociale, l’autre nocturne, de combat, et qui défend la société, selon une vision utopique de son amélioration. Il est donc à la fois le gentil et le méchant – ce qui était d’ailleurs l’un des axes de communication de la série concernant les deux premières saisons : « la série dont le gentil est le méchant. »

C’est sans doute là que réside le succès de cette œuvre : mettre en scène un superhéros jusqu’au-boutiste, offrir un défouloir à pulsions, une catharsis presque primale à travers la mise en scène d’exécutions sanguinaires, morale sauve.

En même temps – le paradoxe dexterien se poursuit donc jusqu’au bout… – c’est également là que le bât pourrait blesser : le déchaînement meurtrier de Dexter est circonscrit par une morale qu’il se crée. Il justifie ses pulsions meurtrières par une éthique extérieure à elles – qui ne font que soulager un besoin animal. Ce code, aussi épris de justice qu’il soit, ne justifie nullement les actes meurtriers de Dexter au regard de la société – Hegel s’en retournerait dans sa tombe. Il y a de la rhétorique dans ce geste, presque du sophisme :
« Ma mission est d’éliminer les meurtriers qui échappent à la justice,
Or je suis un tueur en série,
Donc, je tue les meurtriers. »
Un syllogisme qui ne tient pas.

Car, à force de parler d’ambiguïté et d’ambivalence, on pourrait simplement trouver que Dexter a le cul entre deux chaises et ne cesse de ménager la chèvre de ses pulsions et le chou de son confort personnel, salarié, conduisant sa blonde petite-amie en voiture hybride.

Plus largement, on pourrait reprocher à la série de manquer de l’ampleur des grandes œuvres dérangeantes, réellement révolutionnaires. Pour n’en citer que quelques unes de mon panthéon personnel, selon moi particulièrement représentatives, on pourrait évoquer celle du Marquis de Sade, de Pierre Klossowski, de Pasolini, Yapou bétail humain de Shozo Numa, ou pour rester dans le domaine des séries télévisées : Twin Peaks de David Lynch dont le dénouement est tout sauf moral puisque le gentil y devient méchant – pour reprendre ce vocabulaire dexterien – mais pas au sens de Dexter : il n’élimine pas de plus méchants que lui mais s’en prend aux gentils. On passe donc, réellement, dans ce cas, de l’autre côté du miroir.

À mon sens, Dexter, si elle est une série haut de gamme, particulièrement originale et réussie à de nombreux points de vue, reste trop politiquement correcte et échoue à faire partie des œuvres marquantes par défaut d’indocilité. Elle ne va pas assez loin dans le chaos humain, ce qu’accomplit davantage, pour citer un dernier exemple, une série comme The Wire (David Simon, 2002).

Sur la mosaïque photo de gauche à droite et de haut en bas : Joseph Mouton, Bastien Gallet, Patrice Maniglier, Stéphane Legrand, Jacques Serrano, la cagoleu de Marseilleu, Laure Limongi (à ne pas confondre) des pieds à la tête, Léo Scheer, re Joseph Mouton, Patrice Blouin, re Bastien Gallet, Marc Alizart, une image de l’exposition du FRAC de Marseille en cours, « Voyage sentimental » : œuvre de Marcel Broodthaers.